Sortilèges et enchantement

Sortilèges et enchantement

Une harpe enchanteresse

"Il retire l'instrument de son étui de fourrure de loutre, l'appuie contre lui, entame un air inconnu qui pulse de son coeur et dit dans son langage secret, tout à la fois son trouble, sa gratitude et honore la grâce de son hôtesse.
"Ma harpe avant d'être une voix qui chante les musiques du ciel est née de la terre. Elle a été saule au bord d'une rivière; ses branches servaient de reposoirs aux oiseaux et ses racines offraient un refuge aux saumons voyageurs. Ce saule,  a vu des aubes fières se lever et d'autres, honteuses du jour qu'elles apportaient. Il a passé des nuits à regarder danser les fées et il les a vu s'envoler dans les brumes du matin, revêtues de leurs éclatantes parures. Avec le concours du soleil, le saule a inventé les ombres fraîches. Il a maintes fois tenu tête à la tempête, essuyé des pluies et des neiges, et même résisté aux ouragans. Mais un jour le ciel a décidé que son temps était fini à la surface de la terre et la foudre l'a brisé. Il a subi la destinée de toute vie et a été enfoui sous la terre. Alors, dans cette retraite, il a réfléchi et mûri.
Les siècles ont passé et un jour fouillant le sol, un homme l'a exhumé. Il l'a emporté avec lui ; ses mains l'ont retiré du silence et bientôt il a appris à parler. La harpe naissait : elle n'avait pas oublié ses souvenirs et sa mémoire du saule. En lui offrant une deuxième existence, il l'a rendu capable de les raconter.

"La harpe est le chaudron magique, murmure-t-il, son breuvage est enivrant. Le maître qui l'a dégagée de la tourbière où elle était enfouie a passé neuf  longs mois à la façonner. Il l'a tirée des ténèbres du bois ; il l' a creusée, polie, façonnée, sculptée, puis après lui avoir donné une voix, il l'a travaillée pour que ses cordes chantent à l'unisson avec les voix du monde. Elle a souffert des pressions qu'on lui imposaient. Elle a résisté, elle s'est cabrée et puis elle s'est soumise.Mais en acceptant de la contrainte, son ventre, comme un ventre de mère, s'est gonflé de musique."

Il se penche et accole sa tempe contre le haut de la caisse et improvise un air ensorcelant qui attire le soleil au bord de la fenêtre, fait germer les semences dans le sol, éclater les bourgeons de la forêt et croître les troupeaux. Une fleuve de sensations roule à travers le bois de saule. 
Le harpeur qui mène la symphonie, tout doucement la conduit vers un tempo plus serein, pince une première corde, et sur un soupir, laisse le son s'évanouir..

"On dirait.. on dirait.. dit Iseut qui hésite à confier ce qu'elle a entendu, émue jusqu'aux larmes.
"Je vous enseignerai à en jouer, Damoiselle, et vous saurez aussi un jour la faire chanter - je vous apprendrai d'autres modes, celui de la mort ou celui des larmes, celui du sommeil et celui des rêves ce qu'un bon harpeur peut faire chanter de son instrument.

 

 

 

 



19/04/2008
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