L'âne du Jaguen
A St Jacut-de-la-mer, vivait un homme ni très riche ni très pauvre mais qui cultivait ses champs avec tant de soin, qu'il récoltait toujours plus d'orge qu'il ne lui en fallait pour nourrir sa famille.
Cette année-là, la récolte avaité été particulièrement bonne et il dit à son fils :
-"Il y a trop d'orge au grenier, pas la peine de le garder, va-t-en donc vendre le surplus au marché de Saint-Malo.
Mais comme le gars rechignait à faire le déplacement, le père ajouta :
-" Allez, tout ce que tu gagneras sera pour toi !".
Cela décida bien vite le garçon. Il voyait déjà tout ce qu'il allait pouvoir acheter avec l'argent et il était bien pressé d'être au lendemain.
Par ma foi, dit-il, il faut que j'arrive le premier au marché pour tâcher de vendre un bon prix !
Il réfléchit au moyen d'y parvenir et conclut que pour être le premier il fallait qu'il prépare tout dès le soir d'avant.
La veille du marché, il versa donc l'orge dans un sac et le chargea sur l'âne. Puis il attacha l'âne devant la maison prêt à partir et s'en fut dormir.
Dès les premières lueurs de l'aube, le garçon sauta à bas de son lit où il s'était couché tout habillé et prit l'âne par la bride.
Mais le pauvre âne qui était resté toute la nuit attaché avec la charge sur le dos, se sentait bien fatigué !!
-"Alors, vas-tu avancer donc !", criait le garçon.
Mais cela n'avançait à rien, l'âne allait lentement il ne pouvait faire mieux.
-"a-t-on idée, dit le garçon d'être fatigué d'aussi bonne heure ! Bon, puisqu'il le faut, je vais porter moi-même ce sac, ainsi tu ne pourras pas te plaindre.
Et il mit le sac sur son épaule puis s'avisant que l'âne n'avait plus rien à porter, il pensa :
- Puisque maintenant il n'a plus rien sur le dos, je pourrais tout aussi bien y monter !
Et il se hissa sur le dos de l'âne et fut bien étonné parce que c'était encore pire qu'avant.
Mais cet âne est une vraie bourrique, se dit le garçon, je vais le laisser là où il est si ça continue.
Il resdescendit en grognant et se mit à marcher en portant son sac. Il voyait le soleil tourner et l'heure passer et il songea qu'à cette allure de tortue il n'arriverait pas assez tôt au marché pour faire de bonnes affaire. Et en plus, il lui sembla que jamais Saint-Malo n'avait été aussi loin !
Ce n'est pas vraiment que St Malo avait reculé, c'est plutôt que notre gars s'était trompé de route et qu'il avait pris celle de Dinan.
Alors au milieur de la matinée, on le vit arriver à Dinan. Les gens de là-bas n'ont pas leur pareil pour se moquer des Jaguens (les habitants de St Jacut).
Sur le port, des calfats qui faisaient fondre du goudron, trouvèrent au Jaguen un air de benêt et il ne résistèrent pas au plaisir de se moquer :
-"Oh, ben tu parais bien pressé mon gars !"
-"Moi, je suis pressé mais mon âne il ne l'est pas du tout, pourtant à cette heure, il ne porte plus rien et c'est moi qui porte tout".
Les calfats éclatèrent de rire :
-"Moi, dit l'un, je sais faire marcher un âne qui ne veut pas avancer.
-"Ah ? si c'était de votre bonté de m'apprendre..." répondit le garçon.
-"Ma foi, si tu me donnes 5 sous, je veux bien te montrer".
- "Ma foi si ce n'est que 5 sous, les voilà !
Le calfat prit l'argent que lui tendait le garçon, puis avec la grande cuillère qui lui servait à remuer le goudron, il envoya une giclée brûlante au derrière de l'âne qui se mit à galoper !
Le garçon voulut courir derrière mais il avait le sac sur les épaules et était trop chargé :
-"Cette bête fille trop vite pour moi!" gémit-il.
Se tournant vers les calfats, il demanda :
-"Serait-ce de votre bonté de faire aussi de votre magie sur moi ?"
-"Bien volontier, mon gars, ça fera juste encore 5 sous ."
Et l'affaire conclue, le calfat envoya une giclée de goudron brulant sur le derrière du garçon qui détala en poussant des hurlements.
Le Jaguen retrouva bien vite son âne, mais le maudit animal avait déjà renversé les étals du marché et le pauvre gars n'eut plus qu'à vendre son orge pour payer les dégâts.
Il rentra chez lui bien fatigué. Fatigué ? mais pourtant il était rentré chez lui plus léger qu'il était parti : il s'était débarssé de l'orge et de dix sous et il était content.. allez comprendre !!

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